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cestarrive

Mon histoire

« La vie serait impossible si l’on se souvenait, le tout est de choisir ce qu’on doit oublier », Roger Martin du Gard.

J'avais 3 ans. Je ne me souviens ni du jour, ni du temps qu'il faisait, ni des gens. Je sais seulement que ça a été le début d'une lente et inexorable descente aux enfers.

J'ai été un véritable souffre douleur pour cette femme.

Elle profitait de toutes les situations pour me rappeler sa haine, sa colère et son envie de m'humilier, de me mettre plus bas que terre.

Ma mère nourricière ne m'aimait pas. Depuis toute petite. Je n'ai jamais su pourquoi. Elle me le disait souvent et me le faisait vivre en permanence.

j'ai un souvenir physique et émotionnel très fort de ces années. Ce fût très dur, j'ai failli mourir, de chagrin, de tristesse, de désorientation, d'incompréhension.

Qui étais je? qu'est ce que je faisais à cet endroit avec des personnes qui n'étaient pas ma famille? que c'était il passé pour que je perde si loin de chez moi?

J'entendais des paroles désagréables et blessantes sur mes parents, des choses diffamantes. Que ma mère était une "pute" et mon père un "sale bougnoul, une sale race"

Je ne comprenais pas ce que cela voulait dire. J'étais comme un petit animal dans un milieu hostile, je me sentais en danger tout le temps et partout dans cette maison.

Rien de ce que je faisais n'était correct. un oubli lorsque je mettais la table, les patates mal épluchées, mon lit pas fait à son goût, la poussière que j'avais laissé sur un meuble en faisant le ménage, un regard, une parole, me valait une paire de claque et souvent deux.

J'étais maigre et je n'avais pas d'appétit. Cela lui était insupportable alors les repas étaient des séances de torture pour me faire avaler les aliments qui restaient coincés au fond de ma gorge et ils se terminaient par un allé retour dans la figure puis l'ordre de déguerpir dans ma chambre.

Lorsque j'étais assise, mes jambes ne touchaient pas le sol. J'avais la fâcheuse habitude de balancer mes jambes d'avant en arrière sous l'assise de la chaise. Un de ses fils me pinçait violemment les cuisses pour me faire arrêter. J'en ressens encore la meurtrissure.

Je me tortillais les cheveux. C'était un geste incontrôlable, plus fort que moi. J'étais capable de le faire dans toutes les situations. Je prenais un mèche de cheveux et je la faisais rouler autour de mes doigts. Maintenant je sais qu'il s'agissait d'un geste pour me rassurer, comme si je me berçait, un geste consolateur. Mais ma mère nourricière ne supportait pas cette manie incontrôlable et me voir faire la mettait dans des colères noires. Mes doigts prenaient des coups de fourchette à table et des coups de ce qu'elle avait sous la mains les autres moments de la journée.

Il y avait une autre enfant de mon âge placée dans cette famille. Elle se nommait Claudine. Je sais à présent qu'elle souffrait d'une sclérose en plaque mais à l'époque les mots n'étaient pas mis sur son état. Pour moi elle avait simplement des difficultés à réaliser certains gestes et parfois elle se déplaçait difficilement.

Malgré l'absence d'explication, je voyais bien qu'elle était de plus en plus handicapée dans les gestes de la vie quotidienne.

Ma mère nourricière était odieuse par rapport à cette situation. Un jour elle m'a dit me souhaiter de passer sous un camion pour devenir handicapé comme Claudine et connaître ce qu'elle endurait.

Le reproche de ce que je pouvais faire et pas elle m'était jeté à la figure à la moindre occasion et souvent accompagné d'une paire de claque.

Je subissais les mêmes restrictions. Les sorties chez les copines d'école étaient interdites et nous ne les avons jamais reçu à la maison.

Cet isolement a rapidement produit son effet, je n'avais pas de copines.

J'ai très vite compris que le silence et la soumission étaient mes seules alternatives.

La révolte exposait à des représailles dont je ne voulais pas faire les frais, j'ai choisi l'adaptation en mode sous marin.

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